assurance vie et succession

Plan détaillé d’article – Assurance Vie et Succession : Comprendre les Enjeux et Optimiser la Transmission de Patrimoine #

Qu’est-ce que l’assurance vie ? Définition, fonctionnement et enjeux successoraux #

Sur le plan juridique, l’assurance vie est un contrat d’assurance sur la vie par lequel un souscripteur verse des primes à un assureur – établissement relevant du secteur de l’assurance, souvent adossé à une banque comme Crédit Agricole Assurances, BNP Paribas Cardif ou à un assureur spécialisé comme Generali France – en contrepartie de l’engagement de verser, à une échéance ou au décès de l’assuré, un capital ou une rente à un ou plusieurs bénéficiaires désignés. Nous avons donc un montage contractuel, non un bien indivis comme un appartement ou un compte‑titres.

Les acteurs sont clairement identifiés :

  • Souscripteur : la personne qui signe le contrat et verse les primes.
  • Assuré : la personne sur la tête de laquelle repose le risque (souvent le souscripteur lui‑même).
  • Bénéficiaire : celui qui recevra les capitaux à l’échéance ou au décès.
  • Assureur : la compagnie qui gère les fonds, applique les garanties et verse le capital.
  • Notaire : en matière de succession, officier public qui vérifie le respect de la réserve héréditaire et de la quotité disponible, notamment dans les cas litigieux.

Sur le plan financier, nous distinguons plusieurs grandes familles de contrats :

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  • Contrats en euros : support à capital garanti, principalement investi en obligations d’État et d’entreprises, avec un rendement moyen net voisin de 2,5 % à 3,5 % en 2024 selon les acteurs comme Allianz France ou Axa France. Ces contrats restent privilégiés par les seniors qui préparent une transmission sécurisée.
  • Contrats en unités de compte (UC) : supports investis sur des OPCVM actions, obligataires, SCPI, OPCI, produits structurés, sans garantie en capital. Nous y voyons un potentiel de performance plus élevé à long terme, contre un risque de perte en capital.
  • Contrats multisupports : combinaison d’un fonds en euros et d’unités de compte, permettant d’ajuster le couple rendement/risque selon l’âge, le patrimoine global et l’horizon de transmission.

L’élément central en matière de succession tient à la nature contractuelle du dispositif : l’assurance vie est, en principe, hors succession civile. Les capitaux ne sont pas intégrés à l’actif successoral à partager entre héritiers, ils sont versés directement aux bénéficiaires désignés, sous réserve de trois types d’exceptions : primes manifestement exagérées, atteinte à la réserve héréditaire, ou absence/invalidité de la clause bénéficiaire. Cette spécificité ouvre un champ stratégique considérable pour adapter la transmission au-delà du schéma standard du Code civil.

  • Enjeu successoral majeur : moduler le partage effectif du patrimoine sans modifier systématiquement le testament.
  • Valeur ajoutée : articulation fine entre droit des assurances, droit civil et fiscalité.

Les bénéfices de l’assurance vie en matière de succession #

Au décès de l’assuré, les capitaux de l’assurance vie sont versés, en principe, directement aux bénéficiaires désignés dans le contrat, sans transiter par l’actif successoral. Nous sortons alors du barème classique des droits de mutation à titre gratuit, pour entrer dans un régime spécifique : l’article 990 I du Code général des impôts (CGI) pour les primes versées avant 70 ans, et l’article 757 B du CGI pour celles versées après 70 ans. Cette dissociation constitue un avantage considérable par rapport à une transmission nue ? via succession ou donation.

Les bénéfices se déclinent sur plusieurs plans :

  • Avantage fiscal avant 70 ans : chaque bénéficiaire peut recevoir, sur les primes versées avant 70 ans, jusqu’à 152 500 € totalement exonérés de prélèvement spécifique. Au‑delà, s’applique un taux de 20 % jusqu’à 700 000 € de part taxable, puis 31,25 % au‑delà. Ce mécanisme est très souvent plus favorable que le barème des droits de succession, notamment entre parents éloignés ou non parents.
  • Exonération totale pour le conjoint marié et le partenaire de PACS : le capital décès est exonéré à la fois de droits de succession et du prélèvement de l’article 990 I. En pratique, un conjoint peut percevoir plusieurs centaines de milliers d’euros, voire plus, sans fiscalité, ce que nous ne retrouvons pas avec d’autres enveloppes.
  • Avantage civil : rapidité de versement (souvent quelques semaines pour des acteurs comme Crédit Mutuel Alliance Fédérale ou Groupama), absence de frais de notaire calculés sur ce capital, faculté de privilégier un enfant handicapé, un concubin ou un proche non héritier lourdement taxé en succession (taux jusqu’à 60 %).

Si nous comparons, pour un parent résidant à Toulouse, la transmission de 250 000 € à un enfant unique :

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  • Via succession classique : après abattement de 100 000 € en ligne directe, la base taxable de 150 000 € subit le barème progressif (taux pouvant aller jusqu’à 20 % sur une tranche). La facture fiscale se situe autour de plusieurs dizaines de milliers d’euros.
  • Via assurance vie (primes versées avant 70 ans) : l’enfant bénéficie d’un abattement de 152 500 €, ce qui neutralise intégralement l’imposition sur ces 250 000 €, sous réserve de n’avoir pas consommé cet abattement sur d’autres contrats. L’impôt dû est alors nul.

Nous pouvons affirmer, au vu de ces chiffres, que l’assurance vie reste, en 2024‑2026, l’un des derniers dispositifs permettant une transmission significative avec une fiscalité maîtrisée, surtout pour des bénéficiaires hors cercle familial proche (concubins, neveux, amis). Cet abri ? n’est pas sans limites ni conditions, mais il demeure extrêmement compétitif par rapport à une transmission classique.

  • Gains concrets : réduction des droits, capital versé plus rapidement, meilleure protection de certaines personnes clés.
  • Public fortement gagnant : couples non mariés, familles recomposées, personnes sans enfant.

Fiscalité de l’assurance vie et succession : règles, abattements et horizon 2024–2026 #

Le point cardinal de la fiscalité successorale en assurance vie est clair : c’est l’âge du souscripteur au moment du versement des primes qui détermine le régime applicable au décès, et non son âge au jour du décès. Cette distinction, consacrée par l’article 990 I du CGI et l’article 757 B du CGI, doit guider très concrètement notre stratégie de versements entre 60 et 75 ans.

Le schéma fiscal se structure ainsi :

  • Primes versées avant 70 ans – Article 990 I du CGI
    • Abattement individuel de 152 500 € par bénéficiaire sur les capitaux issus de ces primes.
    • Au‑delà, prélèvement forfaitaire : 20 % jusqu’à 700 000 € de part taxable par bénéficiaire, puis 31,25 %.
    • Stratégies associées : multiplication des bénéficiaires (enfants, petits‑enfants, proches), répartition des primes entre plusieurs contrats, anticipation avant le 70e anniversaire.
  • Primes versées après 70 ans – Article 757 B du CGI
    • Abattement global de 30 500 € sur l’ensemble des primes (tous contrats confondus), partagé entre tous les bénéficiaires concernés par ces primes.
    • Seules les primes dépassant ce seuil sont soumises aux droits de succession classiques, selon le lien de parenté ; les intérêts et plus‑values sont exonérés de droits de succession, ce qui est souvent sous‑estimé.
  • Exonérations spécifiques
    • Conjoint marié et partenaire de PACS : exonération totale de prélèvements et de droits, quelle que soit la date des versements.
    • Associations et fondations reconnues d’utilité publique (par exemple Fondation de France, Secours Catholique) : exonération complète des capitaux décès, ce qui en fait un outil puissant de philanthropie successorale.
    • Personnes handicapées : cumul de l’abattement assurance vie de 152 500 € avec l’abattement spécifique en succession de 159 325 € prévu par le CGI, permettant une protection renforcée d’un enfant ou d’un proche handicapé.

L’horizon 2024‑2026 ajoute une couche conjoncturelle. Le projet de loi de finances pour 2026, débattu à l’Assemblée nationale à l’automne 2025, prévoit un dispositif exceptionnel : la possibilité, pour certains détenteurs de contrats, de transmettre par anticipation en 2026 jusqu’à 152 500 € par bénéficiaire issus de primes versées avant 70 ans (et avant une date butoir comme le 1er octobre 2025), en bénéficiant d’une exonération équivalente à celle appliquée au décès. Les analyses publiées par des acteurs comme Capital, Meilleurtaux Placement ou Anpère Retraite soulignent que ce mécanisme n’ajoute pas un nouvel avantage mais permet une avance ? sur la fiscalité successorale : l’abattement consommé en 2026 viendrait en déduction de celui disponible au décès.

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Sur le plan pratique, nous devons garder en tête :

  • Rachats avant décès : les retraits (partiels ou totaux) sont imposés au titre des produits selon la durée du contrat : Prélèvement Forfaitaire Unique (PFU) à 30 %, ou option pour le barème progressif de l’impôt sur le revenu, avec un avantage après 8 ans (abattement annuel de 4 600 € pour une personne seule, 9 200 € pour un couple).
  • Arbitrage fiscal global : dans beaucoup de situations patrimoniales étudiées par des études notariales, la combinaison rachats programmés + donations manuelles ou notariées + maintien d’une partie en capital décès ? permet un pilotage fin de la fiscalité globale sur 10 à 15 ans.
  • Cas types : un célibataire sans enfant à Lille, avec 400 000 € en assurance vie, privilégiera souvent la maximisation des abattements article 990 I vers des neveux/nièces ou des amis, alors qu’un couple marié avec deux enfants focalisera la stratégie sur la protection du conjoint et l’optimisation entre abattement assurance vie et abattement de 100 000 € en succession directe.

Comment choisir un contrat d’assurance vie orienté transmission #

Lorsque nous cherchons à optimiser la succession, nous ne choisissons pas une assurance vie comme un simple livret rémunéré. Nous devons analyser un ensemble de critères techniques et juridiques, en visant un contrat réellement adapté à la transmission. Les offres du marché sont vastes, entre les contrats distribués par les grandes banques de détail (Société Générale, La Banque Postale), les mutuelles (par exemple MAIF, MACIF), et les contrats patrimoniaux proposés par des plateformes comme Linxea ou des gestionnaires indépendants.

Dans une optique successorale, nous examinons en priorité :

  • Solidité et qualité de l’assureur : ratio de solvabilité, notation par des agences comme Standard & Poor’s, comportement lors des périodes de crise (2008, 2020). Un assureur solide sécurise le capital transmis sur le long terme.
  • Structure de frais : frais sur versement (idéalement 0 %), frais annuels de gestion sur le fonds en euros (souvent entre 0,6 % et 1 %), sur les unités de compte, frais d’arbitrage. Des écarts de 1 point de frais annuel sur 20 ans réduisent significativement le capital final.
  • Qualité du fonds en euros : niveau de rendement sur 5 à 10 ans, politique de provision pour participation aux bénéfices. En 2023‑2024, certains fonds comme ceux de Spirica ou Suravenir ont servi plus de 3,5 % nets de frais, quand d’autres sont restés sous les 2,5 %.
  • Univers de supports : accès à des SCPI (immobilier tertiaire), OPCI, ETF actions mondiales, fonds thématiques, utile pour diversifier le patrimoine transmis.
  • Souplesse juridique : facilité pour modifier la clause bénéficiaire, mise en place de garanties plancher, options de rente de réversion, acceptation ou non par le bénéficiaire, possibilité de démembrement de clause.

Nous conseillons souvent d’articuler plusieurs contrats plutôt qu’un seul :

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  • Contrat cœur de patrimoine ? : détenu depuis longtemps, avec un historique fiscal favorable, destiné à la transmission globale à plusieurs héritiers.
  • Contrat dédié au conjoint : clause bénéficiaire ciblée, éventuellement avec des garanties de type rente de survie, pour assurer un niveau de vie minimal.
  • Contrat orienté vers un enfant handicapé ou fragile, avec clause sur-mesure et éventuel mandat de protection future, pour structurer une protection sur plusieurs décennies.
  • Contrats croisés dans un couple : chaque partenaire est souscripteur-assuré au profit de l’autre, ce qui renforce la protection croisée, surtout en présence de biens professionnels.

Le calendrier des versements reste décisif. Nous avons un intérêt très marqué à concentrer les apports significatifs avant le 70e anniversaire du souscripteur, afin de maximiser le bénéfice du régime de l’article 990 I. Entre 60 et 69 ans, nous estimons souvent stratégique, dans les dossiers patrimoniaux, de réorienter une partie de l’épargne liquide (PEL anciens, comptes à terme, livrets peu rémunérés) vers des contrats bien structurés, plutôt que de prolonger passivement des supports moins favorables sur le plan fiscal.

Les clauses particulières à ne pas négliger dans un contrat d’assurance vie #

La véritable puissance de l’assurance vie en succession réside dans la rédaction fine des clauses bénéficiaires. Un contrat techniquement performant, mal rédigé sur le plan civil, peut générer des litiges, des inégalités non souhaitées ou une taxation accrue. Les notaires, comme ceux de la Chambre des Notaires de Paris ou de la Chambre des Notaires de la Gironde, insistent de manière récurrente sur cette dimension dans leurs conférences de 2023‑2025.

Les points clés à travailler sont les suivants :

  • Clause bénéficiaire standard : Mon conjoint, à défaut mes enfants nés ou à naître, vivants ou représentés, à défaut mes héritiers ?. Cette rédaction a l’avantage de la simplicité et s’adapte aux évènements familiaux (naissance d’un nouvel enfant). Elle peut toutefois être inadaptée pour une famille recomposée ou pour avantager un enfant en particulier.
  • Clause sur mesure : désignation nominative (nom, prénom, date de naissance, lien de parenté) avec répartition chiffrée (par exemple 40 % au conjoint, 30 % à l’enfant A, 30 % à l’enfant B), intégration des petits‑enfants par représentation, conditions spécifiques (majorité atteinte, handicap). Cette approche exige souvent l’appui d’un notaire ou d’un conseiller en gestion de patrimoine (CGP).
  • Clause d’irrévocabilité : le souscripteur renonce à modifier seul la désignation d’un bénéficiaire accepté ?. Elle renforce fortement la protection du bénéficiaire (cas typique : ex‑conjoint ou parent d’un enfant handicapé), mais rigidifie la gestion future en cas de changement de situation, ce qui peut être problématique lors d’un remariage.
  • Démembrement de la clause bénéficiaire : attribution de l’usufruit au conjoint et de la nue‑propriété aux enfants. Nous observons cette solution dans de nombreux dossiers de couples mariés à Lille, Marseille ou Nantes, pour combiner protection du conjoint (qui perçoit les revenus, peut utiliser le capital dans certaines limites) et préparation de la transmission aux enfants, avec un coût fiscal optimisé.

La précision dans la désignation des bénéficiaires reste essentielle :

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  • Éviter les mentions trop vagues comme mes héritiers ?, sauf si l’objectif est de coller exactement aux règles de la dévolution légale.
  • Identifier clairement chaque personne : nom, prénom, date et lieu de naissance, adresse, afin de limiter le risque de contestation ou de difficulté de recherche.
  • Prévoir les hypothèses de prédécès ou de renonciation d’un bénéficiaire, pour éviter que les capitaux ne se retrouvent in fine réintégrés à la succession avec une fiscalité moins favorable.

Les contentieux recensés par certaines cours d’appel depuis les années 2015‑2023 montrent régulièrement deux types de dérives : des clauses ambigu?s qui conduisent à des partages contraires aux intentions du défunt, et des désignations obsolètes (ex‑conjoint*) jamais modifiées après un divorce. Nous estimons prudent de réexaminer systématiquement chaque clause à l’occasion des grands évènements de vie : mariage, PACS, naissance, divorce, achat immobilier majeur, cession d’entreprise.

Cas pratiques de transmission de patrimoine via l’assurance vie #

Pour mesurer concrètement l’impact de l’assurance vie sur une succession, nous pouvons nous placer dans des situations courantes rencontrées dans les cabinets de notaires ou de conseillers en gestion de patrimoine de grandes villes comme Lyon, Bordeaux ou Rennes. Ces cas mettent en lumière l’intérêt fiscal mais aussi la dimension humaine de la transmission.

Voici quelques scénarios structurants :

  • Cas n?1 – Parent de 65 ans avec deux enfants
    Un parent de 65 ans, résidant à Montpellier, détient un contrat d’assurance vie de 250 000 €, alimenté exclusivement avant 70 ans, et désigne ses deux enfants à parts égales. Au décès, chacun reçoit 125 000 €. Chaque enfant bénéficie d’un abattement de 152 500 €, donc aucune taxation article 990 I. En comparaison, une transmission en succession classique des mêmes montants aurait engendré un coût non négligeable, même après l’abattement de 100 000 € en ligne directe.
  • Cas n?2 – Famille recomposée à Lyon
    Un dirigeant de PME à Lyon, remarié, a deux enfants d’un premier mariage et un enfant du second. Par testament, il respecte la réserve héréditaire de ses trois enfants. Parallèlement, il ouvre un contrat d’assurance vie au profit de son nouveau conjoint (50 %) et des deux enfants du premier lit (25 % chacun), avec un démembrement de clause pour que le conjoint ait l’usufruit et les enfants la nue‑propriété. Cette structuration, validée avec son notaire, permet de protéger le conjoint, tout en assurant un retour du capital aux enfants à terme, sans remettre en cause les règles impératives du Code civil.
  • Cas n?3 – Concubin à Marseille
    Un couple en concubinage à Marseille dispose de 300 000 € d’épargne. S’ils la laissent en dehors de l’assurance vie, au décès de l’un, le survivant n’a aucun droit successoral automatique et, si un legs lui est consenti, subit une taxation à 60 %. En structurant 250 000 € en assurance vie, avec désignation nominative du concubin, et en réalisant les versements avant 70 ans, ils peuvent bénéficier de l’abattement de 152 500 € et d’un taux de 20 % sur la fraction restante, ce qui réduit massivement la facture fiscale.
  • Cas n?4 – Enfant handicapé à Strasbourg
    Un couple à Strasbourg a deux enfants, dont l’un est reconnu handicapé. Par assurance vie, ils désignent cet enfant comme bénéficiaire unique de 300 000 € de primes versées avant 70 ans. Celui‑ci bénéficie d’abord de l’abattement de 152 500 €, puis, en succession, d’un abattement supplémentaire de 159 325 € en raison de son handicap. La combinaison permet une protection financière forte, avec une pression fiscale extrêmement réduite par rapport à une répartition égalitaire sans aménagement.
  • Cas n?5 – Transmission anticipée en 2026
    Un retraité de 72 ans à Annecy détient 500 000 € sur un contrat alimenté avant 70 ans. Si le dispositif d’abattement exceptionnel pour 2026 est confirmé, il pourra effectuer un rachat et donner en 2026 jusqu’à 152 500 € à chacun de ses deux petits‑enfants, en franchise d’impôt, cette utilisation venant réduire d’autant l’abattement disponible au décès. Cette stratégie, étudiée avec un fiscaliste, permet de lisser ? la transmission, de soutenir les petits‑enfants dans leurs projets (études, achat immobilier) tout en conservant une partie du capital sur le contrat pour sa propre sécurité.

Ces situations illustrent à quel point l’assurance vie est devenue centrale dans le patrimoine financier des ménages : selon les chiffres de la FFA, environ 35 % du patrimoine financier des Français est placé en assurance vie, avec un encours moyen par contrat supérieur à 30 000 € et des encours totaux avoisinant les 2 000 milliards d’euros. Nous estimons, à la lumière de ces chiffres, que négliger cet outil dans une réflexion successorale revient à se priver d’un levier majeur.

Les erreurs à éviter lors de la souscription et du suivi d’une assurance vie #

Nous observons, dans la pratique des études notariales et cabinets de conseil en gestion de patrimoine, des erreurs récurrentes qui réduisent la performance successorale de l’assurance vie ou créent des sources de conflit entre héritiers. Certaines tiennent à la technique juridique, d’autres à la psychologie familiale ou à l’anticipation insuffisante.

Les pièges majeurs à éviter sont les suivants :

  • Négliger la clause bénéficiaire
    • Oublier de la mettre à jour après un mariage, un divorce, une naissance ou un décès, ce qui peut laisser un ex‑conjoint bénéficiaire ou exclure un nouvel enfant.
    • Employer des formulations floues ou contradictoires avec un testament olographe ou authentique, créant un risque de contentieux.
  • Ignorer l’impact de l’âge lors des versements
    • Effectuer d’importants versements après 70 ans, alors que les mêmes montants versés quelques années plus tôt auraient bénéficié de l’abattement de 152 500 € par bénéficiaire de l’article 990 I.
    • Ne pas profiter des années précédant le 70e anniversaire pour transférer une partie de l’épargne bancaire vers l’assurance vie.
  • Verser des primes manifestement exagérées
    • Le concept de primes manifestement exagérées ?, forgé par la jurisprudence de la Cour de cassation, permet au juge de réintégrer les primes dans la succession si les versements apparaissent disproportionnés par rapport au patrimoine ou aux revenus du souscripteur, en particulier lorsqu’ils interviennent en fin de vie.
    • Nous considérons cette zone à risque dès lors qu’un retraité verse, à plus de 80 ans, une part très significative de son patrimoine sur un contrat dans le but manifeste de contourner la réserve de ses enfants.
  • Penser que l’assurance vie est toujours hors succession
    • En cas de primes exagérées, d’atteinte caractérisée à la réserve héréditaire ou d’absence de bénéficiaire valide (ou prédécédé sans représentation prévue), les capitaux peuvent être partiellement ou totalement réintégrés dans l’actif successoral.
    • Nous avons donc intérêt à documenter la cohérence des montants versés (revenus, patrimoine global, ancienneté des contrats).
  • Oublier l’impact des frais et du choix des supports
    • Des frais d’entrée de 3 % répétés sur plusieurs années, ou des supports inadaptés au profil de risque, réduisent mécaniquement le capital final transmis et nourrissent les incompréhensions des bénéficiaires.
    • Les contrats en ligne à 0 % de frais sur versement, développés par des acteurs comme Fortuneo ou Boursorama Banque, offrent une alternative plus efficiente dans de nombreux cas.
  • Ne pas informer l’entourage de l’existence d’un contrat
    • La Cour des comptes a chiffré à plusieurs milliards d’euros les encours d’assurances vie en déshérence, avant les renforcements législatifs de 2014‑2016 obligeant les assureurs à rechercher les bénéficiaires via le fichier Ficovie et le RNIPP.
    • Prévenir à minima un proche ou son notaire de l’existence de contrats, ou consigner la liste dans un dossier patrimonial, évite que des capitaux restent longtemps non réclamés.

À notre avis, une revue quinquennale systématique de l’ensemble des contrats d’assurance vie, en présence d’un conseiller en gestion de patrimoine ou d’un notaire, constitue une bonne pratique, surtout lorsque la valeur totale des contrats dépasse 200 000 € ou qu’une entreprise, un bien immobilier locatif ou un patrimoine international complique la succession.

Conclusion : synthèse des enjeux et passage à l’action #

L’assurance vie s’impose aujourd’hui comme un outil structurant de stratégie successorale en France, bien au‑delà de sa fonction historique de simple produit d’épargne. En jouant sur son statut juridique de contrat, sur son positionnement hors succession, sur les abattements de 152 500 € (article 990 I) et 30 500 € (article 757 B), sur l’exonération du conjoint et du partenaire de PACS, nous pouvons redessiner de manière fine la carte de la transmission patrimoniale, en l’adaptant aux réalités des familles de 2024‑2026.

Nous identifions trois axes opérationnels à retenir :

  • Maîtriser le fonctionnement et le statut hors succession : comprendre que l’assurance vie n’est pas un bien de la succession, mais un contrat dont les capitaux sont versés selon la clause bénéficiaire, sous réserve des garde‑fous civils (réserve héréditaire, primes exagérées).
  • Optimiser la chronologie des versements et les abattements : concentrer les apports significatifs avant 70 ans, utiliser à bon escient l’abattement de 152 500 € par bénéficiaire, et intégrer les opportunités ponctuelles comme les mesures prévues pour l’année 2026.
  • Soigner les clauses et la cohérence globale : rédiger avec précision les clauses bénéficiaires (éventuel démembrement, désignations nominatives), éviter les primes manifestement exagérées, articuler assurance vie, donations, contrats de mariage et éventuel testament.

Nous encourageons chaque épargnant, qu’il soit salarié, profession libérale ou chef d’entreprise, à réaliser un audit complet de ses contrats d’assurance vie : montant des encours, dates et âge des versements, structure de frais, nature des supports, qualité des clauses bénéficiaires. S’asseoir avec un conseiller en gestion de patrimoine indépendant ou un notaire, à Paris, Lyon, Toulouse ou ailleurs, pour aligner ces contrats avec sa situation familiale et ses objectifs de transmission, nous paraît aujourd’hui une démarche déterminante pour ne pas subir la fiscalité successorale, mais la piloter avec méthode.

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